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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 09:41

Je publie ici l'interview intégral donnée à Jessica Firmin pour Femme Magazine.

 

Vous pouvez retrouver l'article finale à cette adresse : http://www.femmemag.re/news/quand-les-internautes-deviennent-producteurs

 

 


Il s'agit donc du second album que vous réalisez grâce au financement participatif. Pourquoi avoir choisi ce procédé ? Et comment fonctionne-t-il ?

Quand il a fallu me poser la question de la production de mon premier album solo, j'ai tout simplement fait preuve de lucidité et de bon sens. Un artiste de jazz qui vend 5000 disques est le roi du pétrole. Quand on sait que dans un cadre de production habituel l'artiste touche au mieux 10% du prix de gros hors taxe, le calcul est vite fait : hors la variété, on ne gagne pas sa vie en faisant des disques. Tout ceci dans un contexte de frénésie anti-piratage et de flicage des échanges sur internet avec pour alibi la protection des droits d'auteurs. A partir de là, l'évidence saute aux yeux. Une production culturelle et artistique à mon échelle ne rentre pas dans le système marchand, cela ne peut pas être un produit rentable, alors pourquoi s'entêter à utiliser et à appliquer les règles du système marchand ? Pourquoi considérer le public tantôt comme client s'il achète ou pirate s'il copie alors que mon seul intérêt d'artiste des arts vivants est de diffuser mon travail le plus largement possible ?

L'association LA RAVINE ROUSSE est née de ce constat. Il y a la réalité des coûts de production et la manière avec laquelle on y répond. L'option marchande, c'est investir, puis vendre pour amortir et éventuellement faire du bénéfice. L'option que l'on a choisi, c'est financer en amont la production pour diffuser ensuite le plus librement possible. On a mobilisé sur ce résumé : "Pendant des années, vous avez payer 15-20 euros pour posséder un disque. Combien êtes-vous prêts à donner pour qu'il existe, tout simplement".

Toutes les personnes qui adhèrent à la Ravine Rousse le font sur le principe du prix libre. Chacun donne ce qu'il peut, ce qu'il veut, en fonction de ses moyens et de son jugement face à notre proposition. C'est la principale ressource de l'association. Un premier album "Comme un gant" est sorti en septembre 2011 grâce à ce principe. Nous avons aussi éditer une série de cartes postales de Valérie Abella. Riche de ces expériences, la Ravine Rousse remet le couvert pour la production de mon prochain album qui sortira si tout va bien en juillet 2013.

 

Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Le principal souci est l'hégémonie de la pensée marchande et comptable qui, telle un dogme totalitaire, a envahi tous les esprits. De l'eau à l'éducation, de l'alimentation à la culture, même la génétique (brevets sur le vivant), tout est considéré comme marchandise. Un rapport au monde construit par des esprits marchands a fini par s'imposer comme "naturel". On baigne dans un flot incessant nous ressassant les mêmes poncifs : rentabilité, croissance, crise.... Convaincre qu'un disque n'est pas une boite de conserve, que l'art n'est pas un écran plat, que les mêmes règles ne peuvent pas s'appliquer à tous les champs de l'activité humaine est ce qui prend le plus d'énergie. Mais honnêtement, c'est dans ce débat qu'est tout l'intérêt de la démarche. Les avantages vous sautent aux yeux, non ? Imagination, autonomie, indépendance, utopie en marche...

Comment est fixée la somme à atteindre pour pouvoir produire un album et êtes-vous soumis ou non à un certain délai pour la réunir ?

Un budget prévisionnel fixe les coûts minimum de la production (salaires des techniciens et artistes, infographie, fabrication des CD). A partir de là, le seul délai imposé est celui du temps de la conviction et de la patience.

 

Une fois l'album terminé, les personnes ayant contribué financièrement à sa réalisation bénéficient-elles d'une quelconque contrepartie ? Si oui, de quelle sorte ?

On revendique un fonctionnement non-marchand, il est délicat d'aligner une liste de contreparties ou d'avantages en face d'une proposition d'adhésion au risque de mal faire comprendre la démarche. Encore une fois, il ne s'agit pas d'acheter en avance un disque avec quelques avantages commerciaux, mais bien de permettre à un produit culturel d'exister. Ceci étant dit, oui, les personnes ayant adhéré, même qu'une seule fois sur un projet précédent, reçoivent les productions de l'association (même parfois plusieurs exemplaires, ils peuvent ainsi les faire connaître autour d'eux). Mais la satisfaction ne s'arrête pas là. J'essaye de maintenir le débat au sein de l'association, c'est stimulant l'échange d'idée. Et puis si les disques sont en écoute et téléchargement libre sur http://ravinerousse.net, si les exemplaires physiques peuvent être vendu à tout petit prix sur les concerts (4 euros), c'est aussi grâce aux adhérents de la Ravine Rousse.

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Published by Eric KSOURI
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