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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 09:16

Monsieur,

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours vu la même essoreuse à salade dans la cuisine familiale. Un look "seventies" mérité puisqu'elle avait dû être achetée dans les années 70 lorsque mes parents s'étaient "mis en ménage". Toutes ces années, j'ai vu cette essoreuse actionnée quasi quotidiennement et pas seulement pour délester les feuilles de salade de leur excédent d'eau. Combien de fois ai-je joué à l'avion, à l'hélicoptère, au ventilateur démoniaque ou au vortex fou, poussant l'engin dans ses retranchements en tournant la manivelle de toute mes forces. La même essoreuse à salade, dix ans, quinze ans... je ne sais même pas comment elle a fini ou si elle existe encore.

Puis vint le temps de la séparation. On quitte la maison familiale pour vivre sa vie d'adulte. D'abord étudiant, on ne se soucie guère de la salade, mais le temps faisant son affaire, on achète une essoreuse à salade, puis une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. Des pas chères, des hors-de-prix, des discount, des "de-marque", en grande surface, en petit magasin... rien à faire. Toutes se cassent au bout de quelques jours, au bout de quelques semaines. La dernière en date venait de chez vous. Deuxième utilisation : les ergots en plastique du bouchon-innovant-permettant-d'évacuer-l'eau ont cassé.

Je ne suis pas venu vers vous pour vous faire des reproches sur la qualité des essoreuses à salade que vous concevez. Depuis que ma douce enfance est révolue, l'obsolescence programmée est une règle incontournable dans la conception des produits. Bien que la science et les progrès technologiques permettent d'avoir des matériaux de plus en plus solides et des conceptions de plus en plus fiables, les ingénieurs et designers se débrouillent pour que les objets se cassent ou soient obsolètes, moches, au bout d'un nombre défini d'utilisations. Et c'est ainsi que les consommateurs consomment, que les vendeurs vendent, que les usines usinent et que les matières premières sont rendues sous forme de déchets aux africains. Ainsi va le monde et c'est plutôt un coup de main pour vos affaires que je vous propose.

Je suis musicien et voilà des mois que je tanne mon entourage afin qu'il adhère à une association qui va financer la production de mon album. C'est un financement alternatif au système marchand, parce que les personnes qui adhèrent n'achètent rien. Elle finance l'enregistrement pour qu'il existe, tout simplement. Une fois réalisé, cet enregistrement sera accessible librement et pour toujours sur internet à quiconque voudra l'écouter. Une hérésie dans le système marchand et c'est là que le bât blesse.

Imaginez le nombre d'essoreuses à salade que les adhérents de l'association La Ravine Rousse n'achèteront pas parce qu'ils donnent à fond perdu dans un projet non-rentable. Je pense même qu'à me fréquenter et à lire les publications de mon blog, tout ces gens vont finir comme moi par secouer leur salade dans un torchon se détournant pour toujours de vos essoreuses.

Aidez-moi à arriver à mes fins, aidez-moi à boucler mon budget. Il ne me manque que 2 ou 3 milles euros. Une fois en studio devant un micro, je ferais ce qu'on attend de moi, jouer de l'accordéon et me taire. J'arrêterais de détourner les gens ordinaires du droit chemin : consommer, encore et toujours, des essoreuses à salade, pour l'éternité.

 

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 

 


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Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
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