Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 08:34

héhéhé

Published by Eric KSOURI
commenter cet article
25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 09:41

Je publie ici l'interview intégral donnée à Jessica Firmin pour Femme Magazine.

 

Vous pouvez retrouver l'article finale à cette adresse : http://www.femmemag.re/news/quand-les-internautes-deviennent-producteurs

 

 


Il s'agit donc du second album que vous réalisez grâce au financement participatif. Pourquoi avoir choisi ce procédé ? Et comment fonctionne-t-il ?

Quand il a fallu me poser la question de la production de mon premier album solo, j'ai tout simplement fait preuve de lucidité et de bon sens. Un artiste de jazz qui vend 5000 disques est le roi du pétrole. Quand on sait que dans un cadre de production habituel l'artiste touche au mieux 10% du prix de gros hors taxe, le calcul est vite fait : hors la variété, on ne gagne pas sa vie en faisant des disques. Tout ceci dans un contexte de frénésie anti-piratage et de flicage des échanges sur internet avec pour alibi la protection des droits d'auteurs. A partir de là, l'évidence saute aux yeux. Une production culturelle et artistique à mon échelle ne rentre pas dans le système marchand, cela ne peut pas être un produit rentable, alors pourquoi s'entêter à utiliser et à appliquer les règles du système marchand ? Pourquoi considérer le public tantôt comme client s'il achète ou pirate s'il copie alors que mon seul intérêt d'artiste des arts vivants est de diffuser mon travail le plus largement possible ?

L'association LA RAVINE ROUSSE est née de ce constat. Il y a la réalité des coûts de production et la manière avec laquelle on y répond. L'option marchande, c'est investir, puis vendre pour amortir et éventuellement faire du bénéfice. L'option que l'on a choisi, c'est financer en amont la production pour diffuser ensuite le plus librement possible. On a mobilisé sur ce résumé : "Pendant des années, vous avez payer 15-20 euros pour posséder un disque. Combien êtes-vous prêts à donner pour qu'il existe, tout simplement".

Toutes les personnes qui adhèrent à la Ravine Rousse le font sur le principe du prix libre. Chacun donne ce qu'il peut, ce qu'il veut, en fonction de ses moyens et de son jugement face à notre proposition. C'est la principale ressource de l'association. Un premier album "Comme un gant" est sorti en septembre 2011 grâce à ce principe. Nous avons aussi éditer une série de cartes postales de Valérie Abella. Riche de ces expériences, la Ravine Rousse remet le couvert pour la production de mon prochain album qui sortira si tout va bien en juillet 2013.

 

Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Le principal souci est l'hégémonie de la pensée marchande et comptable qui, telle un dogme totalitaire, a envahi tous les esprits. De l'eau à l'éducation, de l'alimentation à la culture, même la génétique (brevets sur le vivant), tout est considéré comme marchandise. Un rapport au monde construit par des esprits marchands a fini par s'imposer comme "naturel". On baigne dans un flot incessant nous ressassant les mêmes poncifs : rentabilité, croissance, crise.... Convaincre qu'un disque n'est pas une boite de conserve, que l'art n'est pas un écran plat, que les mêmes règles ne peuvent pas s'appliquer à tous les champs de l'activité humaine est ce qui prend le plus d'énergie. Mais honnêtement, c'est dans ce débat qu'est tout l'intérêt de la démarche. Les avantages vous sautent aux yeux, non ? Imagination, autonomie, indépendance, utopie en marche...

Comment est fixée la somme à atteindre pour pouvoir produire un album et êtes-vous soumis ou non à un certain délai pour la réunir ?

Un budget prévisionnel fixe les coûts minimum de la production (salaires des techniciens et artistes, infographie, fabrication des CD). A partir de là, le seul délai imposé est celui du temps de la conviction et de la patience.

 

Une fois l'album terminé, les personnes ayant contribué financièrement à sa réalisation bénéficient-elles d'une quelconque contrepartie ? Si oui, de quelle sorte ?

On revendique un fonctionnement non-marchand, il est délicat d'aligner une liste de contreparties ou d'avantages en face d'une proposition d'adhésion au risque de mal faire comprendre la démarche. Encore une fois, il ne s'agit pas d'acheter en avance un disque avec quelques avantages commerciaux, mais bien de permettre à un produit culturel d'exister. Ceci étant dit, oui, les personnes ayant adhéré, même qu'une seule fois sur un projet précédent, reçoivent les productions de l'association (même parfois plusieurs exemplaires, ils peuvent ainsi les faire connaître autour d'eux). Mais la satisfaction ne s'arrête pas là. J'essaye de maintenir le débat au sein de l'association, c'est stimulant l'échange d'idée. Et puis si les disques sont en écoute et téléchargement libre sur http://ravinerousse.net, si les exemplaires physiques peuvent être vendu à tout petit prix sur les concerts (4 euros), c'est aussi grâce aux adhérents de la Ravine Rousse.

Published by Eric KSOURI
commenter cet article
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 18:37

Monsieur,

Il y a des images qui fondent notre imaginaire et notre vision du monde. Enfant, j'ai eu plusieurs chocs télévisuels qui ont certainement contribué à forger ma personnalité et mes à-priori. "Les méchants viennent de l'espace" et "des enfants noirs meurent de faim attaqués par des mouches" sont autant de réalités qui ont façonné mon rapport à l'étranger et au fait que je dois obligatoirement finir mon assiette et mon bout de pain à la fin du repas.

Juste à côté de Goldorak et des petits éthiopiens d'Antenne 2, une image trônait en bonne place dans mon panthéon des idées toutes faites : en Pologne, on faisait la queue devant les boulangeries. Du haut de mes 10 ans, je n'entravais rien à la situation politique des pays du bloc de l'Est, mais j'avais retenu l'essentiel : quand un journaliste voulait me faire comprendre au combien une situation était catastrophique ou une dictature détestable, on me montrait une séquence de queue devant une boulangerie.

J'ai vécu 12 ans à la Croix-Rousse, puis la vie m'a mené dans des contrées où les palmiers ne sont pas en pâte feuilletée. Récemment, je suis revenu en touriste arpenter le boulevard de la Croix-Rousse. Je ne vous cache pas mon émoi à la vue d'une longue file sur le trottoir devant votre fournil. La madeleine fût amère. Une queue devant une boulangerie... dans mon quartier !

Depuis, les questions se télescopent en moi : la Croix-Rousse a-t-elle été annexée par la Pologne ? La situation politique et économique française est-elle désastreuse au point que les gens en soient réduits à faire la queue-leu-leu pour leur pain quotidien ? Auriez-vous embauché comme serveuse la Margot de la chanson qui entre un rendu de monnaie et une baguette bien cuite en profiterait pour donner la gougoutte à son chat ? M'aurait-on manipulé enfant en me prétendant qu'une queue devant une boulangerie est un symbole fort, alors que c'est juste insignifiant, au sens que cela ne veut rien dire....

Pour mettre un terme à cette avalanche de scénarios, j'ai décidé d'établir le mien. Puisque, selon l'idéologie que l'on veut divulguer, une queue devant une boulangerie peut être tour à tour le symbole de l'échec du bloc communiste ou juste un dommage collatéral de la gentrification d'un quartier, voici ma version objective et personnelle :

Fidèle à la tradition Croix-Roussienne qui consiste à expérimenter sans cesse des modèles économiques et sociaux alternatifs au système capitaliste dominant, vous avez décidé de vendre votre pain à prix libre ou de l'échanger contre un bien ou service que vos ex-clients vous proposent. Lors de la dernière Assemblée Générale des usagers de votre fournil, il a été décidé à l'unanimité de mettre en place une caisse de solidarité pour m'aider à enfin boucler le financement de la production associative de mon disque. Ceci expliquerait l'affluence record dans votre boutique à l'occasion de ma venue sur Lyon. L'argent recueilli permettra une adhésion collective à la Ravine Rousse de tous les amateurs de bon pain du plateau de la Croix-Rousse.

Quitte à vivre dans l'illusion, autant se la fabriquer tout seul et sur mesure, non ?

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 09:16

Monsieur,

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours vu la même essoreuse à salade dans la cuisine familiale. Un look "seventies" mérité puisqu'elle avait dû être achetée dans les années 70 lorsque mes parents s'étaient "mis en ménage". Toutes ces années, j'ai vu cette essoreuse actionnée quasi quotidiennement et pas seulement pour délester les feuilles de salade de leur excédent d'eau. Combien de fois ai-je joué à l'avion, à l'hélicoptère, au ventilateur démoniaque ou au vortex fou, poussant l'engin dans ses retranchements en tournant la manivelle de toute mes forces. La même essoreuse à salade, dix ans, quinze ans... je ne sais même pas comment elle a fini ou si elle existe encore.

Puis vint le temps de la séparation. On quitte la maison familiale pour vivre sa vie d'adulte. D'abord étudiant, on ne se soucie guère de la salade, mais le temps faisant son affaire, on achète une essoreuse à salade, puis une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. Des pas chères, des hors-de-prix, des discount, des "de-marque", en grande surface, en petit magasin... rien à faire. Toutes se cassent au bout de quelques jours, au bout de quelques semaines. La dernière en date venait de chez vous. Deuxième utilisation : les ergots en plastique du bouchon-innovant-permettant-d'évacuer-l'eau ont cassé.

Je ne suis pas venu vers vous pour vous faire des reproches sur la qualité des essoreuses à salade que vous concevez. Depuis que ma douce enfance est révolue, l'obsolescence programmée est une règle incontournable dans la conception des produits. Bien que la science et les progrès technologiques permettent d'avoir des matériaux de plus en plus solides et des conceptions de plus en plus fiables, les ingénieurs et designers se débrouillent pour que les objets se cassent ou soient obsolètes, moches, au bout d'un nombre défini d'utilisations. Et c'est ainsi que les consommateurs consomment, que les vendeurs vendent, que les usines usinent et que les matières premières sont rendues sous forme de déchets aux africains. Ainsi va le monde et c'est plutôt un coup de main pour vos affaires que je vous propose.

Je suis musicien et voilà des mois que je tanne mon entourage afin qu'il adhère à une association qui va financer la production de mon album. C'est un financement alternatif au système marchand, parce que les personnes qui adhèrent n'achètent rien. Elle finance l'enregistrement pour qu'il existe, tout simplement. Une fois réalisé, cet enregistrement sera accessible librement et pour toujours sur internet à quiconque voudra l'écouter. Une hérésie dans le système marchand et c'est là que le bât blesse.

Imaginez le nombre d'essoreuses à salade que les adhérents de l'association La Ravine Rousse n'achèteront pas parce qu'ils donnent à fond perdu dans un projet non-rentable. Je pense même qu'à me fréquenter et à lire les publications de mon blog, tout ces gens vont finir comme moi par secouer leur salade dans un torchon se détournant pour toujours de vos essoreuses.

Aidez-moi à arriver à mes fins, aidez-moi à boucler mon budget. Il ne me manque que 2 ou 3 milles euros. Une fois en studio devant un micro, je ferais ce qu'on attend de moi, jouer de l'accordéon et me taire. J'arrêterais de détourner les gens ordinaires du droit chemin : consommer, encore et toujours, des essoreuses à salade, pour l'éternité.

 

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 

 


Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 09:04

courrier en réponse à la lettre du 5 juillet 2010 de Monsieur Olivier DULAC directeur général du groupe DAICI


Monsieur,

Vous avez le nez fin. Par courrier en date du 5 juillet 2010, vous avez pris contact avec l'association La Ravine Rousse pour nous signaler que l'un de vos clients pourrait être intéressé par le rachat de notre "entreprise".

Vous avez le nez fin et moi je marche sur des œufs car la Ravine Rousse a été fondée pour m'accompagner dans un projet de production discographique, l'objectif étant de réaliser mon disque dans un cadre non-marchand. Des amis ou anonymes sympathisants adhèrent à l'association apportant à "fond perdu" les capitaux nécessaires à l'achat du matériel, le payement des musiciens, la duplication des disques... Une quarantaine d'adhérents ayant déjà rallié le projet, je ne voudrais froisser personne en revendant si tôt la boutique.

Vous avez le nez fin et j'ai les chevilles qui enflent. Une société internationale -installée sur les Champs Elysées et avec un capital de 792000 euros- s'intéresse au projet que j'ai initié. Remarquez, il y a de quoi ! Quoi de plus enthousiasmant pour vos clients qu'une association toute jeune, composée d'adhérents volontaires et généreux. Pour un peu que le futur tenancier fasse preuve d'imagination, il aura derrière lui une équipe enthousiaste et amicale.

Vous avez le nez fin et je sens déjà mes dents qui poussent. Votre proposition est alléchante. Admettons que je passe le pas ; que je vous vende une association à but non lucratif dont l'essence même est une tentative d'alternative au système marchand dominant ; ma prise de risque est conséquente et je crois savoir que, dans le système financier capitaliste, la prise de risque justifie des rémunérations importantes...

Vous avez le nez fin et j'ai les mains moites. La Ravine Rousse a été créée pour réunir 5000 euros pour produire mon disque. Si on ajoute 6799 euros pour ma prise de risque (perte d'amis, décrédibilisation de mon discours) et 1400 euros pour mon dentiste (ma mutuelle prends très peu en charge les couronnes), cela nous fait 13199 euros sans contrôle technique.

Rendez-vous samedi prochain à huit heure et quart derrière l'église de la Ravine des Cabris pour l'échange des mallettes. Nous nous reconnaîtrons sans problème, vous aurez le nez fin et moi mes idéaux en berne.

Je vous prie d'agréer Monsieur, mes salutations distinguées.

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 07:09

daici.jpg

 

Ce courrier a suscité une réponse

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:10

courrier reçu en réponse à la lettre du 9 février 2010 à Monsieur Oudéa, PDG de la Société Générale

 


reponse_ste_generale_eric_700-copie-1.jpg

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 10:40
En réponse à la lettre du 5 mars




Monsieur,

Je voulais une bafouille, je l'ai eue...

Mon courrier initial était adressé au directeur régional du service courrier de la Réunion. Comme vous pourrez le constater sur http://ksouri.over-blog.com, je m'adresse de préférence à des gens que je présume aisés voir carrément fortunés avec le secret (et honteux) espoir que, déstabilisés par mes analyses, ils prennent la peine de lire mon projet et pourquoi pas de rejoindre l'aventure : produire un disque dans un cadre non-marchand.

Mes lettres sont surtout prétexte à interrogations, à une remise en question de certaines pensées « évidentes ». L'essence de ces lettres est souvent un décalage entre leur contenu, leur objet et les personnes à qui elles sont adressées. Parler du bonheur à un chirurgien esthétique, faire un ratio amitié/revenus à un footballeur, promettre au directeur de ma banque de ne pas mourir afin que mon contrat d'assurance-vie ne lui coûte pas trop cher...

L'humour (ou la subversion) de ce décalage n'ayant pas été saisi par Martine Rivière, vous avez été chargé d'une enquête. Votre lettre m'apporte quelques précisions intéressantes.

Mon facteur me connaît... Je tiens à vous rassurer, je le connais aussi et ai de l'estime et du respect pour son travail. Le doux bruit de sa moto qui arrive le matin me ravira toujours plus que le « bloing » de mon ordinateur me signalant un nouveau mail. Qu'il pleuve ou que le soleil frappe fort, mon facteur continue sa mission de service public. Je vous serais reconnaissant de l'informer du non-fondé de l'enquête qui a été diligentée. Je le ferais aussi de vive voix à l'occasion.

Mon courrier ne transite pas par un sac de dépôt... Tous mes fantasmes de sacs en toile de jute débordant de lettres adressées à la Ravine Rousse, portés à même le dos par des facteurs aux allures de lutins du Père Noël s'effondrent aujourd'hui. La réalité doit être bien plus triste. J'imagine un tri automatisé, des bacs en plastiques ballotés sur des chariots à roulettes, tous remplies de factures, d'avis d'imposition, de relevés bancaires et de « remises exceptionnelles sur tout le catalogue ».

Votre S.A. est 100% publique car détenue par l'Etat et la Caisse des dépôts et consignations... Permettez moi de réfuter une telle position. Quand on parle de « client » et non d'usager, quand vendre des produits dérivés devient un objectif, quand la logique comptable propre au monde de la finance est de mise et guide la gestion, alors l'idée de service public est déjà évaporée.

Sur le papier, La Poste est peut-être encore publique, mais dans les têtes, la privatisation impose son dogme et ses schémas. La vision marchande du monde, à tous les niveaux de l'activité humaine, s'impose, totalitaire. Totalitaire, car tout autre possible est mis au ban, toute autre manière de s'organiser dénigrée, anéantie. Totalitaire parce qu'on en arrive à point où la concurrence et la rentabilité sont maintenant « naturelles » pour tout le monde, alors que ce ne sont que des concepts humains parmi des milliers d'autres qui pourraient avoir cours.

Tout aussi « naturellement », il doit être évident qu'un responsable de centre courrier qui prend la peine de faire une enquête pour répondre à une lettre soit bien moins payé qu'un directeur régional qui ne l'a même pas lue.

Vous n'êtes pas la « cible » parfaite de ma politique marketing, mais je vous ai quand même écrit, par correction, par souci que cette « enquête » n'ai pas causé d'ennui à mon facteur et avec encore une fois le secret espoir de vous donner l'envie rejoindre une bande d'utopistes qui sont prêts à financer quelque chose qui ne leur rapportera rien. En adhérant à La Ravine Rousse vous n'aurez que la satisfaction de permettre à un musicien de travailler et à tout le monde d'en profiter sans bourse délier.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 

 

 

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 10:39
Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article
28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:38

Monsieur,

On ne se refait pas. On a beau être empreint d'idéaux, lorsqu'il s'agit d'enjeux concernant son ego ou celui de sa descendance, on redevient vite individualiste.

Ainsi, moi par exemple, je n'ai de cesse de prôner des idées de justice et d'égalité, d'expliquer à qui veut bien l'entendre que l'éducation, la santé, la culture, l'alimentation devraient être exclues de toute considération marchande... Les démons du "bon père de famille" ont eu vite fait de me rattraper et je souhaite le "meilleur" pour mes enfants, quitte à mettre mes beaux discours dans ma poche.

Bien qu'il me reste encore quelques années de répit avant de devoir les envoyer au lycée, je me suis mis en quête d'un établissement performant pour ma progéniture. Evidemment, des critères tels que le taux de réussite et la qualité de l'encadrement ont guidé mes recherches lorsque j'épluchais les palmarès. C'est ainsi que j'ai découvert votre école, bien à tout point de vue.

J'ai lu dans la presse que vos frais de scolarité s'élèvent à 3700 euros par an, auxquels il faut ajouter 960 euros pour la cantine, ce qui nous ferait - de la seconde à la terminale - un bac à 13980 euros.

Je ne vous cache pas que, vu mes revenus actuels de musicien, l'inscription de mes enfants dans votre établissement est pour l'instant compromise. En effet, à l'âge où Jimmy Hendrix mangeaient déjà les pissenlits par la racine, je cumule difficilement le nombre de cachets requis pour pouvoir prétendre à une allocation assedic au titre de l'intermittence du spectacle. C'est pourquoi je prends les devants et me permet de vous écrire dès à présent.

En adhérant à l'association La Ravine Rousse, vous contribuerez à la réussite de mon projet. Cette association tente de réunir le budget nécessaire à la production de mon album. Une fois le disque sorti et diffusé gratuitement sur internet (et à faible prix en version "objet"), je ne désespère pas d'être enfin très largement reconnu. La célébrité peut aller très vite, et si tout se passe bien, j'aurais le temps d'accéder à un niveau de revenus honorables.

D'ici quelques années, grâce à votre coup de pouce, vous aurez le plaisir d'accueillir dans votre établissement les enfants d'une vedette de l'accordéon.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Published by Eric KSOURI - dans LES LETTRES
commenter cet article