Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 18:37
- Publié dans : LES LETTRES

Monsieur,

Il y a des images qui fondent notre imaginaire et notre vision du monde. Enfant, j'ai eu plusieurs chocs télévisuels qui ont certainement contribué à forger ma personnalité et mes à-priori. "Les méchants viennent de l'espace" et "des enfants noirs meurent de faim attaqués par des mouches" sont autant de réalités qui ont façonné mon rapport à l'étranger et au fait que je dois obligatoirement finir mon assiette et mon bout de pain à la fin du repas.

Juste à côté de Goldorak et des petits éthiopiens d'Antenne 2, une image trônait en bonne place dans mon panthéon des idées toutes faites : en Pologne, on faisait la queue devant les boulangeries. Du haut de mes 10 ans, je n'entravais rien à la situation politique des pays du bloc de l'Est, mais j'avais retenu l'essentiel : quand un journaliste voulait me faire comprendre au combien une situation était catastrophique ou une dictature détestable, on me montrait une séquence de queue devant une boulangerie.

J'ai vécu 12 ans à la Croix-Rousse, puis la vie m'a mené dans des contrées où les palmiers ne sont pas en pâte feuilletée. Récemment, je suis revenu en touriste arpenter le boulevard de la Croix-Rousse. Je ne vous cache pas mon émoi à la vue d'une longue file sur le trottoir devant votre fournil. La madeleine fût amère. Une queue devant une boulangerie... dans mon quartier !

Depuis, les questions se télescopent en moi : la Croix-Rousse a-t-elle été annexée par la Pologne ? La situation politique et économique française est-elle désastreuse au point que les gens en soient réduits à faire la queue-leu-leu pour leur pain quotidien ? Auriez-vous embauché comme serveuse la Margot de la chanson qui entre un rendu de monnaie et une baguette bien cuite en profiterait pour donner la gougoutte à son chat ? M'aurait-on manipulé enfant en me prétendant qu'une queue devant une boulangerie est un symbole fort, alors que c'est juste insignifiant, au sens que cela ne veut rien dire....

Pour mettre un terme à cette avalanche de scénarios, j'ai décidé d'établir le mien. Puisque, selon l'idéologie que l'on veut divulguer, une queue devant une boulangerie peut être tour à tour le symbole de l'échec du bloc communiste ou juste un dommage collatéral de la gentrification d'un quartier, voici ma version objective et personnelle :

Fidèle à la tradition Croix-Roussienne qui consiste à expérimenter sans cesse des modèles économiques et sociaux alternatifs au système capitaliste dominant, vous avez décidé de vendre votre pain à prix libre ou de l'échanger contre un bien ou service que vos ex-clients vous proposent. Lors de la dernière Assemblée Générale des usagers de votre fournil, il a été décidé à l'unanimité de mettre en place une caisse de solidarité pour m'aider à enfin boucler le financement de la production associative de mon disque. Ceci expliquerait l'affluence record dans votre boutique à l'occasion de ma venue sur Lyon. L'argent recueilli permettra une adhésion collective à la Ravine Rousse de tous les amateurs de bon pain du plateau de la Croix-Rousse.

Quitte à vivre dans l'illusion, autant se la fabriquer tout seul et sur mesure, non ?

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.


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Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 09:16
- Publié dans : LES LETTRES

Monsieur,

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours vu la même essoreuse à salade dans la cuisine familiale. Un look "seventies" mérité puisqu'elle avait dû être achetée dans les années 70 lorsque mes parents s'étaient "mis en ménage". Toutes ces années, j'ai vu cette essoreuse actionnée quasi quotidiennement et pas seulement pour délester les feuilles de salade de leur excédent d'eau. Combien de fois ai-je joué à l'avion, à l'hélicoptère, au ventilateur démoniaque ou au vortex fou, poussant l'engin dans ses retranchements en tournant la manivelle de toute mes forces. La même essoreuse à salade, dix ans, quinze ans... je ne sais même pas comment elle a fini ou si elle existe encore.

Puis vint le temps de la séparation. On quitte la maison familiale pour vivre sa vie d'adulte. D'abord étudiant, on ne se soucie guère de la salade, mais le temps faisant son affaire, on achète une essoreuse à salade, puis une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. Des pas chères, des hors-de-prix, des discount, des "de-marque", en grande surface, en petit magasin... rien à faire. Toutes se cassent au bout de quelques jours, au bout de quelques semaines. La dernière en date venait de chez vous. Deuxième utilisation : les ergots en plastique du bouchon-innovant-permettant-d'évacuer-l'eau ont cassé.

Je ne suis pas venu vers vous pour vous faire des reproches sur la qualité des essoreuses à salade que vous concevez. Depuis que ma douce enfance est révolue, l'obsolescence programmée est une règle incontournable dans la conception des produits. Bien que la science et les progrès technologiques permettent d'avoir des matériaux de plus en plus solides et des conceptions de plus en plus fiables, les ingénieurs et designers se débrouillent pour que les objets se cassent ou soient obsolètes, moches, au bout d'un nombre défini d'utilisations. Et c'est ainsi que les consommateurs consomment, que les vendeurs vendent, que les usines usinent et que les matières premières sont rendues sous forme de déchets aux africains. Ainsi va le monde et c'est plutôt un coup de main pour vos affaires que je vous propose.

Je suis musicien et voilà des mois que je tanne mon entourage afin qu'il adhère à une association qui va financer la production de mon album. C'est un financement alternatif au système marchand, parce que les personnes qui adhèrent n'achètent rien. Elle finance l'enregistrement pour qu'il existe, tout simplement. Une fois réalisé, cet enregistrement sera accessible librement et pour toujours sur internet à quiconque voudra l'écouter. Une hérésie dans le système marchand et c'est là que le bât blesse.

Imaginez le nombre d'essoreuses à salade que les adhérents de l'association La Ravine Rousse n'achèteront pas parce qu'ils donnent à fond perdu dans un projet non-rentable. Je pense même qu'à me fréquenter et à lire les publications de mon blog, tout ces gens vont finir comme moi par secouer leur salade dans un torchon se détournant pour toujours de vos essoreuses.

Aidez-moi à arriver à mes fins, aidez-moi à boucler mon budget. Il ne me manque que 2 ou 3 milles euros. Une fois en studio devant un micro, je ferais ce qu'on attend de moi, jouer de l'accordéon et me taire. J'arrêterais de détourner les gens ordinaires du droit chemin : consommer, encore et toujours, des essoreuses à salade, pour l'éternité.

 

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

 

 



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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /Août /2010 09:04
- Publié dans : LES LETTRES

courrier en réponse à la lettre du 5 juillet 2010 de Monsieur Olivier DULAC directeur général du groupe DAICI


Monsieur,

Vous avez le nez fin. Par courrier en date du 5 juillet 2010, vous avez pris contact avec l'association La Ravine Rousse pour nous signaler que l'un de vos clients pourrait être intéressé par le rachat de notre "entreprise".

Vous avez le nez fin et moi je marche sur des œufs car la Ravine Rousse a été fondée pour m'accompagner dans un projet de production discographique, l'objectif étant de réaliser mon disque dans un cadre non-marchand. Des amis ou anonymes sympathisants adhèrent à l'association apportant à "fond perdu" les capitaux nécessaires à l'achat du matériel, le payement des musiciens, la duplication des disques... Une quarantaine d'adhérents ayant déjà rallié le projet, je ne voudrais froisser personne en revendant si tôt la boutique.

Vous avez le nez fin et j'ai les chevilles qui enflent. Une société internationale -installée sur les Champs Elysées et avec un capital de 792000 euros- s'intéresse au projet que j'ai initié. Remarquez, il y a de quoi ! Quoi de plus enthousiasmant pour vos clients qu'une association toute jeune, composée d'adhérents volontaires et généreux. Pour un peu que le futur tenancier fasse preuve d'imagination, il aura derrière lui une équipe enthousiaste et amicale.

Vous avez le nez fin et je sens déjà mes dents qui poussent. Votre proposition est alléchante. Admettons que je passe le pas ; que je vous vende une association à but non lucratif dont l'essence même est une tentative d'alternative au système marchand dominant ; ma prise de risque est conséquente et je crois savoir que, dans le système financier capitaliste, la prise de risque justifie des rémunérations importantes...

Vous avez le nez fin et j'ai les mains moites. La Ravine Rousse a été créée pour réunir 5000 euros pour produire mon disque. Si on ajoute 6799 euros pour ma prise de risque (perte d'amis, décrédibilisation de mon discours) et 1400 euros pour mon dentiste (ma mutuelle prends très peu en charge les couronnes), cela nous fait 13199 euros sans contrôle technique.

Rendez-vous samedi prochain à huit heure et quart derrière l'église de la Ravine des Cabris pour l'échange des mallettes. Nous nous reconnaîtrons sans problème, vous aurez le nez fin et moi mes idéaux en berne.

Je vous prie d'agréer Monsieur, mes salutations distinguées.


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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /Août /2010 07:09
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Ce courrier a suscité une réponse


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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /Avr /2010 09:10
- Publié dans : LES LETTRES

courrier reçu en réponse à la lettre du 9 février 2010 à Monsieur Oudéa, PDG de la Société Générale

 


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